SCRITCH, SMACK, SWPPFT, CRACK et le travail des FOLEY ARTISTS

Ces néologismes extraits de bandes dessinées illustrent bien la variété des sons qui nous entourent dans notre vie quotidienne. Comment le cinéma va-t-il en rendre compte?

Prise de son directe, oui. Certains cinéastes s’en enorgueillissent. C’est le principe même de ce qu’on appelait dans les années 50 « le Cinéma Vérité ». Inconvénient: le résultat est souvent décevant dans les films de fiction. La machine traduit mal ce que l’oreille a perçu au moment de l’enregistrement. Or, l’apport sonore dans un film, c’est à dire les voix, les bruits, la musique, est depuis 1927 de première importance dans l’effet cinéma. Robert Bresson y consacre des pages de ses Notes sur le cinématographe:  » Lorsqu’un son peut remplacer une image, supprimer l’image ou la neutraliser, l’oreille va davantage vers le dedans, l’œil vers le dehors ». Plus récemment et plus utilitariste, Georges Lucas affirme que « 50% de l’effet cinématographique vient du son. » C’est alors qu’intervient pour de très nombreux films ( pas ceux  que préconise Bresson ! ) le bruiteur, celui que les films américains appellent le « Foley Artist« .

Jack Foley
Universal City, 1955
Courtesy of Cathi Foley Clark

Si vous êtes un vrai cinéphile, patient et consciencieux, vous avez repéré la fréquence de ce métier dans les interminables post-génériques des blockbusters. D’où vient ce nom? Jack Foley travaillait pour les studios Universal dans les années 1920. Il fut le premier bruiteur à constituer un vrai studio d’enregistrement de sons provenant d’instruments divers et hétéroclites à incorporer dans la bande-son du film en post-production. Un travail qui conserve toute son utilité malgré les apports numériques d’aujourd’hui.

 

Le foley artist a recours à toutes sortes d’objets pour reproduire, imiter, amplifier ce que montre l’image. Anna Wiener, dans un récent article de magazine américain, The New Yorker, nous assure, après avoir enquêté dans les milieux professionnels, que presser une peau de chamois mouillée est idéale pour illustrer le flot de sang qui jaillit d’un corps poignardé, et que les branches de cèleri que l’on craque reproduisent parfaitement un os que l’on brise. Le maniement de ces substituts est complexe. C’est pourquoi les bruiteurs travaillent souvent en duo (quatre mains disponibles).

 

 

Le domaine sonore est immense.

Anna Wiener distingue les sons  hingey, ticky, boxy, zippy or clacky, tonal,tasty, punchy, splattery, spanky, poofy, slimy, nebby etc…  A vos dictionnaires, et bonne chance!

Un test à faire: lors de la projection du prochain film que vous verrez (choisissez quelque bon blockbuster), détachez-vous quelques minutes de la force des images pour écouter les sons, en sachant qu’il peut y avoir 95% d’entre eux issus du  travail des Foley Artists.

Guy Reynaud