Toujours le même enthousiasme d’arriver sur la lagune et d’avoir la chance de découvertes cinéphiliques. Il y a toujours la beauté du site et l’espace agréablement aménagé autour des lieux de projections, mais ce sont toujours de dures journées pour le festivalier.

Dur dur ! Avec le plaisir de la découverte d’un film nouveau parmi les Compétitions (et Hors Compétition) ou inédits, nous abordons aussi à des filmographies parfois inconnues de pays étrangers ou encore à des classiques restaurés.

39 pays représentés en cette 76ème Mostra.

Première difficulté que doit affronter le festivalier : le choix (quelques 200 films entre fictions, documentaires, longs et courts métrages). Beaucoup de premiers films et de réalisateurs étrangers à découvrir. A la fin du festival, il y aura des frustrations : un festivalier peut réussir à visionner 5 films par jour en 9 jours, mais… au 6ème jour la fatigue se ressent.

Malgré le grand nombre de salles de projection (7) et la grande capacité de certaines (Palazzo del Cinema, Sala Darsena, Pala Biennale et la nouvelle Sala Giardino), les files d’attente sont éprouvantes même pour les accrédités divisés en 4 “castes” (Industry, Stampa quotidiana, Media, Cultura (associations cinéphiles et culturelles).

Le public a accès par les billetteries ou par Internet à toutes les projections non réservées aux accrédités. Un accès plus facile qu’à Cannes.
En fait, pendant le festival, il y a des attentes partout (bateau, bars et même aux toilettes !)
Le matin, un rapide coup d’œil à CIAK et Venews (journal du Festival)
Il y a beaucoup d’énergie au milieu de la foule composée de nombreux jeunes qui côtoient les journalistes de carrière (j’ai pu échanger un peu avec Michel Ciment toujours présent). Se dégage une adrénaline qui pousse à s’intégrer à une file pour une projection suivante.
Cette année, j’ai noté une augmentation de la longueur des files d’attente.
Certes, il y a toujours la possibilité de se replier sur des sections un peu moins recherchées que la Compétition officielle comme “Orizzonti” (équivalent d’un Certain Regard, ), “Settimana della Critica” et “Giornate degli autori”.
Il y a des fans de la section “Classici” (films restaurés admirablement) avec souvent des invités intéressants.
Par ma sélection de cette année, j’ai visionné 26 films dont aucun n’était à fuir. Une programmation honorable aux dires de critiques plus avertis.

Les deux premiers films que j’ai recherchés pour leur réalisateur : Il sindaco del Rione Sanità de Mario Martone (Compétition) et Adults in the Room de Costa Gavras (Hors compétition) qui a reçu le prix Jaeger Le Coultre (prix à une personnalité ayant marqué le cinéma contemporain).
Réalisateur de théâtre, Martone adapte un succès populaire de l’auteur de théâtre napolitain Eduardo De Filippo. Il nous montre un aspect social et pacificateur de la Camorra dans un quartier très difficile de Naples : Le boss Antonio Barracano (interprété par Francesco Di Leva), selon ses méthodes, ses valeurs, maintient le calme dans ce quartier où la vengeance sanglante est rapide. Un beau personnage, un film avec des rebondissements surprenants (sortie prochaine à ne pas manquer).
Hors Compétition, le film de Costa Gavras s’inspire du livre de l’ex-ministre grec des finances, Yanis Varoufakis, qui a subi les affronts impitoyables de l’Eurogroupe. Un film qui révèle, d’une manière claire, les mécanismes d’un fonctionnement économique capitaliste sans compassion aucune. Il y a une tragédie qui s’est jouée dans une institution où la Grèce n’avait aucune chance (sortie le 6 novembre).
Par contre, le système dénoncé par l’affaire des Panamas Papers que reprend l’Américain Soderbergh sur le rythme de la farce dans The laundromat m’a paru mal présenté..
D’autres coups de cœur. Hors Compétition, le plus beau film pour moi, par l’émotion qu’il apportait et par la beauté formelle des visages féminins, a été Woman, documentaire de Anastasia Mikova (1er film) et de Yann Arthus-Bertrand (on reconnaît son art de photographe dans la lumière et le cadrage des visages.
Le film est construit avec des plans fixes sur des femmes de divers pays s’exprimant dans 26 langues sur leur existence depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse (excision, menstruation, mariage, maternité, veuvage). Un documentaire inoubliable par l’émotion portée par ces femmes dans la simplicité de leur expression d’une expérience de vie (A noter la sortie le 4 mars 2020).Veillons à ce qu’un tel film ne passe pas inaperçu.

Dans la Compétition, encore quatre bonnes surprises :
J’accuse de Roman Polanski
Martin Eden de Pietro Marcello
Waiting for the barbarians de Ciro Guerra
The Painted bird de Vaclav Marhoul

J’accuse de Polanski a reçu le Grand Prix du Jury malgré les réticences annoncées de la Présidente Lucrecia Martel. Une œuvre finement ciselée sous forme d’enquête policière autour du cas de Dreyfus. Un réalisateur qui ne déçoit pas (sortie le 13 novembre).
Martin Eden de l’Italien Pietro Marcello qui transpose le personnage de Jack London à Naples avec le même rapport entre les classes sociales. Un personnage ambitieux, humilié et en révolte interprété avec énergie par Luca Marinelli (prix d’interprétation). (Sortie le 16 octobre).
Waiting for the barbarians adapté du roman éponyme de S.M. Coetzee (Prix Nobel en 1980), par le Colombien Ciro Guerra. Au milieu de nulle part et dans une époque non définie, dans une garnison de frontière régie par un magistrat (Mark Rylance) qui a réussi à établir une situation stable entre les autochtones et l’armée. Arrive un colonel de police (Johnny Depp) qui provoque, dans un discours xénophobe et de haine, une situation de guerre et de brutalité (Sortie prochaine).
The painted bird du Tchèque Vaclav Marhoul. Une belle découverte et d’une violence inouïe que j’ai peine à oublier. Un jeune garçon réfugié à la campagne chez une tante, à la mort de celle-ci, s’enfuit et traverse l’Europe de l’Est pendant la 2ème guerre mondiale. Dans ses efforts pour subsister et survivre, il est soumis aux pires brutalités et assiste aux atrocités des allemands et des russes. Un film en noir et blanc en pellicule 35 mm, des cadrages efficaces et des décors magnifiques, une grande cruauté qui porte à une réflexion sur le Bien et le Mal (sortie prochaine).
D’autres coups de cœur. Hors Compétition : Citizen Rosi qui, hélas, sortira vraisemblablement à la TV (coopération de Sky Arte). Un film élaboré par Carolina, la fille du cinéaste ; des séquences intimes avec son père, des retours sur les lieux de tournages, des interviews qui montrent les rapports de Rosi avec les institutions et la politique. Un cinéaste engagé et courageux qui a anticipé l’évolution de la société (corruption, fascisme). Un documentaire passionnantt pour tout cinéphile (nombreuses séquences de films).

Le jury officiel a récompensé, très justement, comme meilleur premier film (Giornate degli autori), You will die at 20 du Soudanais Amjar Abu Alala. Dans un village isolé, il est prédit, par un chef religieux, que le nouveau-né, Muzamil, mourra à 20 ans -L’enfant grandit protégé par sa mère qui croit à la prédiction – Muzamil ne connaît rien de la vie en dehors de sa communauté. Seul un vieux marginal, revenu au pays, lui révèle un autre monde.par la musique, des photos, du cinéma.. (Sortie le 8 janvier 2020)
Un autre premier film intéressant (“section Orizzonti”), Nevia de la Napolitaine Nunzia De Stefano. Une adolescente de 17 ans, toujours volontaire pour les petits boulots, afin d’aider sa famille qui vit de petits trafics avec la Camorra, dans le hinterland napolitain. Lors d’un travail, elle découvre, avec sa petite sœur Enza, le monde magique du cirque. En danger avec un mafieux du quartier qui veut la protéger et la violer, elle fuit à Rome avec Enza. Un docu-fiction avec un beau portrait d’adolescente en lutte pour ne pas se laisser engluer dans la société qui l’entoure

.
Voici quelques aperçus personnels sur la 76ème Mostra.

Malgré la fatigue, la festivalière ne pense qu’à revenir à Venise pour la 77ème édition, du 2 au 12 septembre 2020

Odile Orsini

Spread the word. Share this post!