Titre anglais non traduit, ce qui a provoqué la fureur de certains. Entendez : “désolé de n’avoir pu vous joindre” ( formule laissée par le livreur de colis lorsque la personne est absente).

Le film de Loach a rencontré un succès mérité depuis son prix au festival de Cannes. C’est qu’en effet il traite d’un sujet profondément humain et très ancré dans le présent : l’exploitation de la main d’œuvre sinon non qualifiée, du moins non diplômée et soumise à des contrats “zero hour”, c’est à dire sans garantie d’horaires. Et ses conséquences.

Bien que l’histoire se situe loin de nous: éloignement géographique (Newcastle, au nord de l’Angleterre), éloignement social: une famille qui s’enfonce dans la misère, Loach sait nous faire pénétrer dans la détresse de ses personnages : Kris le livreur, Abbie la soignante à domicile. C’est la marque de tous les films du cinéaste britannique: partager l’infortune sans pour autant nous apitoyer. Qu’il s’agisse d’êtres à l’intégration impossible, ou refusée, dans la société ( Family Life, Kes ) ou des victimes du capitalisme ( Ladybird, Moi, Daniel Blake ).
Loach retrouve dans ce film ce que fut la préoccupation des cinéastes néo-réalistes italiens ; le Voleur de bicyclette n’est pas bien loin. A l’opposé de l’artificialité, certes séduisante, du cinéma français des années 30/40 dans la peinture de la classe ouvrière ( le Jour se lève, la Belle Equipe ).

Quelques critiques ont pu faire la fine bouche : Loach ne se renouvelle pas, toujours un récit chronologique, trop simple, trop clair… ( gros défauts chez nos petits maîtres ). Toujours des histoires de victimes….
“Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses tendres” chantait Lucienne Boyer.

Loach ne serait-il plus d’actualité ?

Guy Reynaud

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