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J’ai rencontré Rodolphe aux 400 coups pendant le 2ème confinement. Je l’ai interrogé sur son métier.

En quoi consiste ton travail aux 400 coups ?

Il comporte plusieurs tâches, certaines très concrètes, qui peuvent consister à faire du ménage dans les locaux ou faire de l’affichage mais surtout d’autres très importantes à mes yeux, qui me plaisent et sont d’ordre relationnel avec les institutions telles DRAC-CNC, AFCAE … des relations avec les collectivités locales les associations locales, les enseignants, les artisans… Enfin un rôle de programmateur. En conclusion mon travail se définit en tant que directeur qui consiste à diriger ce cinéma comme une PME et programmateur.

Peux-tu parler de ton travail de programmateur ?

Le métier de programmateur est différent de celui de distributeur. Il existe plusieurs possibilités :

– Les multiplexes CGR ou autres, ont un ou deux programmateurs au niveau national chargés de la programmation de toutes leurs salles, où qu’elles se trouvent,

– les salles indépendantes font souvent appel à un programmateur extérieur qui leur prépare une programmation facturée d’après un pourcentage sur les entrées. Veo et MC4, sociétés de programmation de très nombreuses salles dans la région proposent ce service. C’est parfois aussi un cinéma qui se charge de la programmation pour d’autres cinémas des environs.

– Certains cinémas indépendants établissent eux-mêmes leur programmation. C’est le cas des 400 coups à Villefranche, puisque la programmation est établie par moi-même, en collaboration avec la commission programmation de l’Autre cinéma.

Le travail de programmateur suppose donc de bien connaître son public. Quel (s) public(s) aux 400 coups ?

Bien sûr, il y a différents publics : les scolaires : 4000 élèves étaient prévus en séances scolaires des différents dispositifs d’éducation à l’image, Ecole et cinéma / Collège au cinéma et Lycéens au cinéma.

Des cinéphiles avertis ou non qui viennent pour se détendre mais pour aussi se cultiver, voyager, en découvrant des films du monde entier. Les publics et leurs goûts varient selon l’environnement plus ou moins urbain ou rural. Le public caladois n’est pas le même que le public lyonnais, certains films, notamment les films de genre qui font le buzz à Lyon, sont beaucoup moins appréciés à Villefranche.

Mon souci est de diversifier le plus possible les publics et surtout d’attirer le public jeune, difficile à capter aux 400 coups. A ces fins deux groupes ont été crées : les Jeunes Ambassadeurs pour les jeunes de 16 à 25 ans et les Apprentis cinéphiles pour les 20 à 30 ans. Le problème étant pour les Jeunes Ambassadeurs, qu’ils quittent Villefranche pour poursuivre leurs études post-baccalauréat et que le travail du groupe n’arrive pas à s’inscrire dans une durée. Il faut noter que les soirées organisées par ces deux instances ne font pas beaucoup d’entrées « jeunes ».

Comment ces jeunes perçoivent le cinéma les 400 coups ? Ils le perçoivent souvent comme le cinéma de leur enfance, où ils venaient voir des films sur le temps scolaire.

Est-ce que la fermeture du Rex le 1er mai 2018 a changé quelque chose dans la programmation des 400 coups ?

Lorsqu’il y avait encore les trois salles, l’Eden où j’ai été directeur pendant 5 ans projetait des films très « grand public », le Rex des films grands publics mais possédant de réels critères de qualités cinématographiques et artistiques, puis les 400 coups qui avait une programmation plus centrée sur les films Art et Essai.

Actuellement, la programmation aux 400 coups est un mixte des deux programmations antérieures Rex et 400 coups, parce qu’il fallait garder l’ancien public du Rex, mais aussi attirer de nouveaux spectateurs pour assurer la survie du dernier cinéma indépendant à Villefranche. Challenge assez réussi en 2019 avec une bonne fréquentation du public, une durée d’ouverture accrue. Un équilibre toutefois précaire, mis à mal par la crise sanitaire.

Qu’attends-tu de la commission programmation de L’Autre cinéma ?

Des propositions sur des films d’actualité pointus et sur des films à sortie plus lointaine plus ardus, à accompagner, à défendre. On est à la merci de la chronologie des médias, avec de nombreuses sorties de films qui se succèdent, et cela suppose d’être réactif pour programmer au bon moment même si des « séances de rattrapage » sont programmées, après la sortie du film.

Je suis très attaché à l’éditorialisation et à la diffusion de La Gazette. Sa rédaction et sa présentation peut paraître surchargée, mais pour moi il est important de la faire paraître et de pouvoir présenter en quelques mots pourquoi avoir fait tel ou tel choix de programmation, de mettre en lien différents films sur un même thème, de mettre en lumière les partenariats avec les institutions et associations locales. Le programme sur trois semaines n’est pas un simple empilement de films, il faut donner envie de les découvrir et donner sens à tout ça.

Est-ce que les deux labels cinéma d’Art et EssaiRecherche, introduisent des contraintes dans la programmation ?

Absolument pas dans la mesure ou nous avons toujours eu le goût à programmer des films d’auteur peu ou pas médiatisés. Les deux labels sont un peu différent le label cinéma de recherche étant le degré ultime dans le qualitatif. Aux 400 coups nous sommes au degré le plus haut dans les exigences de ces labels.

Il ne faut pas oublier non plus les deux autres labels : Jeune Public et Répertoire Patrimoine. Je suis très attaché à la projection de films du passé, qui nous font découvrir ou redécouvrit des œuvres magnifiquement réussies, nous parle de talentueux réalisateurs disparus, des évolutions dans la manière de filmer Concernant ces projections, la présentation et l’éclairage apporté par les membres cinéphiles de L’Autre cinéma ou par un professionnel du monde du cinéma sont toujours très intéressantes.

Quels sont les changements apportés par le passage de la pellicule au numérique dans ton travail ?

Hormis le coût financier pour le changement de matériel, comme l’acquisition d’ordinateurs suffisamment puissants, il y a des avantages non négligeables, comme par exemple le fait de ne plus avoir à porter les lourdes bobines de film. On peut revoir sans angoisse pour le projectionniste un film du patrimoine magnifiquement restauré avec des images superbes, même si on déplore encore un déficit pour la qualité du son. Les copies de films arrivent maintenant par l’ADSL ou parfois sur disque dur livré directement à l’adresse du cinéma. Ces copies sont ensuite stockées, archivées sur des sortes de disques durs externes, permettant ainsi de décaler leur projection (souplesse avec les scolaires lorsqu’une date de projection est repoussée à la demande d’un enseignant par exemple) ou de les reprogrammer ultérieurement

As-tu des craintes par rapport aux monopoles que tentent d’instaurer les plateformes telles Netflix, Disney… ?

Ces plateformes sont venues bousculer l’ordre établi du rapport à l’image et on ne peut pas empêcher les évolutions de l’industrie cinématographique liées aux progrès numériques. Je reste confiant en pensant que les discussions en cours pour obliger les plateformes SVOD à une participation financière pour la création cinématographique en France et en Europe aboutiront bientôt. Si on regarde de près, les cinéastes qui signent avec Netflix s’assurent d’avoir sans effort de gros budgets de production et n’ont plus rien à prouver. La mission de promouvoir tous les 1ers et 2èmes longs -métrages, tous les jeunes réalisateurs qui n’intéressent pas encore ces plateformes nous incombe, nous les cinémas Art et essai.

Merci Rodolphe. A très bientôt aux 400 coups avec plein de bons films pour nous faire respirer, rêver, voyager, mais aussi nous inciter à repenser(panser) notre société.!

Propos recueillis le 27 novembre 2020 par Sylviane Llobell.

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Pour info :

La chronologie des médias est une loi spécifique à la France, une exception culturelle française, qui encadre l’exploitation des films, de leur sortie au cinéma jusqu’à leur diffusion sur les services de SVOD (Subscription Vidéo On Demand). C’est à dire qu’elle régit la vie d’un film. Avec comme objectif d’assurer la vitalité du cinéma et d’optimiser la rentabilité des films. La chronologie des médias détermine pour chaque mode d’exploitation à quel moment les films peuvent être diffusés et combien de temps avant qu’un autre mode d’exploitation entre en concurrence.

L’heure est à la “révolution”, a martelé mercredi 28 octobre 2020 Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture dans un entretien au journal Les Échos. Les plateformes de SVOD à l’instar de Netflix, Disney+, Apple TV ou Amazon Prime Video devront désormais investir 20% à 25% de leur chiffre d’affaires en France dans la création et la production d’œuvres européennes et françaises. En échange de cette obligation d’investissement, dont le décret devrait être signé d’ici le 10 novembre prochain, les différentes plateformes de SVOD devraient ainsi pouvoir bénéficier d’un assouplissement du régime de la chronologie des médias, leur permettant ainsi d’intégrer plus rapidement des films à leur catalogue après leur sortie en salle. Le délai est pour le moment fixé à 36 mois minimum, malgré certaines dérogations récentes rendues possibles par l’état d’urgence sanitaire liée à la crise du COVID-19.

Négociations toujours en cours, à suivre…

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