Compte-rendu d’une table ronde organisée par le GRAC (Groupement Régional d’Actions Cinématographiques) le 31 janvier sur le thème “Quand un film sort au cinéma!” à laquelle a participé Sylviane Llobell.
Dans cette première partie, intéressons-nous au métier de distributeur.

Le métier de distributeur.

Dans l’industrie du cinéma, le distributeur de films est un intermédiaire qui fait le lien entre une société de production de films et l’exploitant de salles.

Propriétaire de la licence d’exploitation des droits d’un film dans plusieurs pays, il met en place le plan médiatique ainsi que la stratégie de communication et d’accompagnement du film. Il s’occupe pour les films étrangers du doublage et du sous-titrage, choisit l’attaché de presse, travaille sur les visuels pour la presse et les salles (affiche, bande-annonce), détermine avec les programmateurs le nombre de copies et les salles qui exploiteront le film, organise les avant-premières, des rencontres entre le public et l’équipe du film, la circulation dans les festivals et fixe la date de sortie en tenant compte du calendrier commun aux distributeurs, instaurant une combinaison de sortie ( éviter la sortie de deux comédies la même semaine, ou deux films traitant du même thème…). Le jour de la sortie du film, il passe sa journée à appeler toutes les salles qui le projettent pour connaître le chiffre des entrées.

Il est chargé d’acheter les droits de commercialisation et d’exploitation des films aux producteurs, afin de les revendre aux propriétaires des salles de cinéma. Les droits acquis, pays par pays, peuvent être étendus sur des services de vidéos à la demande, soit sur des chaines de télévision, ou sous format DVD/Blue-ray.

Le visa d’exploitation des films est délivré par le CNC. Il est obligatoire et ne peut être demandé que pour une œuvre dont la réalisation est achevée et qui a fait l’objet d’une immatriculation aux Registres du cinéma et de l’audiovisuel (RCA). Le producteur ou le distributeur doit demander le visa un mois au moins avant la première projection publique de l’œuvre. A l’appui de la demande doit être remise une copie de la version exacte et intégrale de l’œuvre cinématographique telle qu’elle doit être exploitée en France (montage, mixage, étalonnage définitifs).
C’est une autorisation administrative préalable, régie par l’article 1,211-1 du Code du cinéma et de l’image animée. Sans visa, un film ne peut pas être présenté en salle. En cas d’infraction, le distributeur est sanctionné par une amende, les copies et supports d’exploitation peuvent être saisis par la police judiciaire. Pour les films dits « sauvages » dans le jargon professionnel, à savoir des films à financement complètement indépendant, le CNC peut accorder un visa temporaire, à la demande de l’exploitant qui devient alors distributeur.
En France, les grandes sociétés de distribution de films sont généralement rattachées ‘en tant que filiales à des sociétés de production de films ou à des groupes de télévision (GAUMONT DISTRIBUTION, UGC DISTRIBUTION, STUDIO CANAL, PATHE FILMS). Dans ce cas de figure, le distributeur de films se charge pour l’essentiel de commercialiser les films ayant été financé par la maison mère (société de production, chaîne TV), tout en conservant la possibilité de commercialiser d’autres films indépendants à côté. Mais il existe aussi des sociétés de distribution dites alternatives ou indépendantes. Un distributeur indépendant bénéficie d’une plus grande liberté éditoriale dans la sélection des films et peut se constituer une identité propre en se spécialisant dans un genre cinématographique (documentaires, films de science-fiction) ou dans une origine de production (films américains, films européens, films asiatiques).

Extraits du Livre Blanc des Distributeurs Indépendants Réunis Européens DIRE – Edition 2012 :« ….Le distributeur indépendant est à rapprocher de l’éditeur pour le livre : sollicité par les auteurs et les producteurs, il examine un très grand nombre de projets soit sous la forme de scenarii soit lors de projections dans les festivals. En fonction de sa ligne éditoriale, il opère un choix se traduisant par un véritable engagement financier de sa part, que ce soit à la lecture d’un simple scénario ou après la vision du film. Il est alors seul et sans filet, son jugement n’étant conditionné ni par les critiques, ni par les exploitants qui verront le film des mois plus tard, ni par le point de vue de ses confrères avec lesquels, dans le moment précis où il opère son choix, il est en concurrence frontale. Quant aux chaînes de télévision, elles refusent la plupart du temps de s’engager financièrement sur un film tant que le producteur n’a pas de distributeur à ses côtés. Son engagement financier peut prendre deux formes : l’à-valoir distributeur ou minimum garanti et les frais d’édition. Souvent, la somme du minimum garanti et des frais d’édition sur un film peuvent faire du distributeur indépendant l’investisseur important du projet….
…La place particulière et le rôle du distributeur indépendant sont soulignés par le rapporteur de la loi du 30 septembre 2010 sur l’équipement numérique des établissements cinématographiques en ces termes : « Le rapporteur […] tient à rappeler que […] la situation est très variable selon les distributeurs et que les principales difficultés sont assumées par les petits distributeurs indépendants, qui font la spécificité et la richesse de notre pays et qui participent à la diversité culturelle de la France. » au regard de frais de structure fixes, contrairement à ce qui existe au stade de la production… »

Deux syndicats regroupent les distributeurs indépendants:

SDI : Syndicat des Distributeurs Indépendants créé en 1991 regroupe 39 sociétés. Il défend les intérêts des entreprises indépendantes de distribution de films cinématographiques sur un marché de plus en plus soumis aux agressions de la concentration. Ses adhérents sont présents dans toutes les catégories de films : création récente, films pour jeune public, patrimoine, cinéma documentaire.

 

DIRE : Distributeurs Indépendants Réunis Européens, syndicat créé en mai 2005 à Cannes dans la continuité du Club des Cinq créé en 2000 (Diaphana, Haut et Court, Les Films du Losange, Pyramide, REZZO Films) pour représenter et défendre les intérêts de la distribution indépendante, porteuse de diversité culturelle. Les membres de DIRE, soucieux de relayer et de prolonger leur action au niveau européen, ont créé en mars 2006 Europa Distribution.

Paroles de distributeurs/trices indépendants :

Carole Scotta et Laurence Petit (gérante et responsable Haut et Court) :
« L’offre des films a augmenté de 50% depuis 1995. Il faut trouver des dates où peu de films sortent car il est difficile pour un spectateur de choisir parmi une dizaine de films chaque semaine. »
« Il faut donner le temps au public d’aller voir le film. Si les spectateurs pouvaient aller voir dès leur première semaine d’exploitation les petits films qui ne restent pas longtemps au lieu des gros films qui restent des mois, les données seraient inversées. »

Francis Boespflug (Président de Pyramide Productions) :
« Le jour de la sortie du film, c’est la journée des chiffres. J’ai toute une équipe répartie à Paris, Lyon et Bordeaux qui va passer la journée à appeler toutes les salles de France qui projettent mon film pour leur demander le nombre d’entrées pour chaque séance. La première est vers 9h 30 mais les chiffres plus parlants sont ceux des séances de 14h/14h30. C’est à ce moment-là que l’on peut commencer à analyser les chiffres à la fois sur Paris et en province. Je cherche alors des explications sociologiques, économiques ou marketing pour comprendre pourquoi on a de bons résultats dans telle salle et de mauvais dans telle autre ».

La prochaine fois je vous parlerai du métier de programmateur.

Sylviane Llobell.

Spread the word. Share this post!