Retour sur « La ville Louvre »

Après la projection de La Ville Louvre, quelques remarques sur la bande son du film.

Nicolas Philibert a sa place à côté des plus grands documentaristes, Wiseman, Depardon…,  et sans doute plus qu’eux, a-t-il accordé cette prééminence à la valeur documentaire de l’apport sonore.

  Apport multiforme: voix, bruits, musique, sachant cependant que l’emploi de voix off (non diégétiques, dit-on parfois)  pour expliquer le contenu de l’image est strictement banni chez lui.  Les seules voix qu’enregistre Philibert sont celles d’habitants de la « ville », s’adressant, quelquefois de manière peu audible, à d’autres habitants de la « ville », comme dans la séquence de la disposition d’un tableau sur le mur, ou dans celle du maniement de l’extincteur.

  Des bruits, oui, de toutes sortes: d’appareils, de machines, de détonations de révolver même , lors de l’exercice de réverbération, et surtout de pas, notamment de talons hauts, de personnes qui rythment ainsi la traversée de salle en salle et d’étage en étage, de la ville-musée et lui donnent sa dimension. La sonorité des pas marque aussi l’appartenance sociale du marcheur: escarpins du personnel dirigeant, baskets des employés ou de l’équipe médicale.

  Reste la musique, confiée à Philippe Hersant. Très peu abondante, environ cinq minutes au total, elle souligne néanmoins  le sens de certaines séquences dont elle porte le nom: la Ronde de Nuit, le Parcours de l’Ange…créant un effet de fortissimo. Clarinette et quatuors à corde se marient remarquablement à la « musique concrète » des bruits.  On est loin de la musique décorative, classique de préférence, choisie pour égayer l’aridité du propos.

 Incidemment je rappelle que deux ans après la Ville Louvre, Philibert réalisait le Pays des Sourds.

Guy