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Sous la surface du lac argenté se cache le mystère du tueur de chiens ; le héros, jeune homme désœuvré (à qui l’on demande, comme il se doit, comment marche son travail) découvre cette angoissante énigme qui se manifeste par le surgissement sanglant d’un petit cadavre. Une fanzine en fait le récit, un bombage sur une vitrine « Méfiez-vous du tueur de chien » et la disparition inexplicable de Sarah – autre Marilyn- le lancent dans une enquête surréaliste.
Voici donc notre personnage hanté par les mystères de Los Angeles, à la recherche, tel un Orphée qui ne serait pas poète, de son Euridyce. Pour David Robert Mitchell, qui signe là son troisième long métrage, avec un « budget de misère », dit-il dans une interview, c’est l’occasion de faire ressentir la folie – douce ou non- de Los Angeles, la cité labyrinthique : allées obscures (qui suscitent la comparaison avec Mulholland Drive), étranges palais avec piscines au sommet des buildings, fêtes déjantées où s’épanouissent sexe et drogue ; mais aussi, pour les cinéphiles avertis, patchwork de citations-hommages à Altman, Romero etc…….
Le spectateur se voit entraîné, à partir d’une trame narrative simple (une quête policière qui est aussi quête de l’amour perdu) dans une alternance de moments de solitude angoissante et de vertiges baroques pleins de filles aguichantes et de manipulateurs inquiétants à la tête de sectes obscures.
Au-delà du plaisir cinématographique, le réalisateur nous conduit à vivre ses interrogations sociales et existentielles ; le monde d’aujourd’hui est-il dans l’attente d’un espace paradisiaque de suprême plaisir – défini par la consommation paisible et sans fin par quelques privilégiés de sexe, drogue et volupté ? Est-il un grand message subliminal codé envoyé par les puissants de diverses manières pour abuser les consommateurs crédules ?
Cette lecture paranoïaque, le héros, joué par Andrew Garfield, la vit et la fait partager, sans que l’on sache toujours si le cinéaste pratique le second degré ; la séquence de déchiffrement des paroles d’une chanson est particulièrement savoureuse … Et nous sommes entraînés dans un fantastique qui mêle les clichés du genre- souterrains obscurs, chaînes, roi shakespearien surgi de nulle part-, la violence d’un cinéma à la Tarantino – flots de sang sortant du flanc d’une jeune fille qui nageait dans le lac du Réservoir … et une angoisse plus insidieuse née de l’omnisurveillance par les ordinateurs, comme l’affirme l’auteur de la fanzine initiale.
Quant au loser que nous suivons dans ses aventure, il en porte – en acteur modeste- tous les stigmates : crainte, maladresse, retard sur l’événement et de surcroît une odeur fétide de putois qu’on lui reproche régulièrement. Les animaux sont en effet de la partie, des présences bienveillantes comme les petits chiens d’où viendrait le seul amour désintéressé … ou sinistres comme les coyotes qui surgissent çà et là.
David Robert Mitchell brosse un tableau complexe, onirique et angoissant de Los Angeles, métaphore de nos vies déboussolées entre quête du plaisir et du succès- dont le symbole serait la grande enseigne « Hollywood » au sommet de la colline- et angoisses complotistes. Notre héros, chassé de son logis pour loyers impayés et hébergé chez la voisine, semble pour finir apaisé aux côtés d’un perroquet dont il a renoncé à comprendre les paroles …Il n’apprivoisera pas le chaos. Le double losange qui signifie « silence » s’est imposé. Le spectateur demeure envoûté par cette ambiance artificielle, d’une morbide mélancolie et qui préfigure une fin du monde programmée.
Evelyne Rogniat

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