Style Selector
Layout Style
Boxed Background Patterns
Boxed Background Images
Color Scheme

Mon XXe siècle est le premier long métrage réalisé par Ildiko Enyedi, à l’âge de 34 ans en 1989. Le film présenté au festival de Cannes dans la catégorie Un certain regard y reçut la Caméra d’Or. Il revient sur les écrans à l’occasion de sa restauration en 2016, à laquelle veilla la réalisatrice.
La trame en est simple : dans le contexte des inventions techniques du XXe siècle, le destin contrasté de deux jumelles nées à Budapest, séparées puis réunies autour de l’homme qu’elles aiment l’une et l’autre.
Mais le déroulement nous emmène de façon libre et imprévisible d’événements en émerveillements.
C’est l’’émerveillement des foules devant la « fée électricité » présentée à New-York par Edison en 1890, puis à la fin devant l’incroyable rapidité du télégraphe. Mais ce serait sans compter sur les interventions de la nature : les étoiles parlent et dansent, Edison fait face à un pigeon voyageur tout aussi capable de porter des messages …Le train et le cinéma -avec projection à un chien de laboratoire ahuri- font partie des merveilles de la technique sur laquelle Enyedi feint de s’étonner avec humour.
Quant aux deux héroïnes, qui, orphelines, vendent des allumettes le soir de Noël dans la neige, comme dans un conte, elles symbolisent l’une, Dora, le luxe de la bonne société où la courtisane monnaie ses charmes, l’autre, Lili, les classes populaires où s’essaient, dans l’ombre, les tentatives anarchistes.
On a pu parler à propos de Mon XXe siècle de surréalisme ou de burlesque ; en effet, la cinéaste nous emmène inopinément du New-Jersey à l’Autriche, de la Sorbonne à Budapest dans un montage de fragments successifs, mais de surcroît de l’histoire de nos héroïnes à des digressions sur la capture des chimpanzé et autres aventures animales.
L’opposition entre classes et destins des deux soeurs illustre la triste alternative laissée aux femmes : se vendre ou tenter difficilement la voie de la révolte et de l’autonomie. Ildiko s’en donne à coeur joie avec la conférence d’un « scientifique » qui essaie de faire croire à une assemblée de femmes qu’il leur veut du bien mais qu’elles n’ont ni intelligence ni même « ego ».
Il demeure que la qualité essentielle de ce film tient à l’ambiance poétique générée par le noir et blanc somptueux, délicat, rappelant l’oeuvre du photographe hongrois André Kertész, et conduisant le spectateur au-delà de la réalité évoquée – et cependant présente.
On peut souhaiter que Mon XXe siècle enchante les spectateurs de 2018 comme le jury de Cannes en 1989. Ajoutons que le dernier long métrage d’Ildiko Enyedi, Corps et Ame, a été couronné de l’Ours d’Or de Berlin en 2017.

Evelyne Rogniat

Spread the word. Share this post!

Leave A Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *