Alireza Khatami, réalisateur iranien, a travaillé notamment avec son compatriote, Asghar Faradi, avant de s’exiler en 2000, à l’âge de 20 ans, en raison de ses engagements politiques.

Après quelques hésitations sur le lieu de tournage, il a choisi le Chili, plus exactement les villes de Santiago et Valparaiso, sans doute à cause du passé douloureux de la période de dictature qui fait écho aux événements de son propre pays.

Le film débute par quelques traits d’humour mais, ne nous y trompons pas, le sujet est grave. L’humour côtoie l’évocation de l’horreur sans que celle-ci soit montrée frontalement. Le personnage principal, un vieux gardien de la morgue, compte placidement les pelletées de terre que déverse le fossoyeur dont on ne verra jamais le visage mais dont la voix, à chaque fois qu’il creuse, raconte une anecdote concernant la personne qui va être enterrée là. Ni le gardien, ni le fossoyeur, ni le chauffeur du corbillard n’ont de nom. Ils font seulement partie de cette humanité qui se souvient, qui souffre, qui compatit à la douleur de tout être humain.

Il est question d’exactions commises par des personnages influents proches du pouvoir en place mais surtout d’humanité, de dignité humaine et de respect de l’être humain. Le corps d’une jeune femme a été « oublié » là, dans un des tiroirs de la morgue. Le vieux gardien va tout mettre en œuvre pour lui redonner une identité et l’enterrer dans la dignité.

Alors retentit le chant de la baleine, animal mythique, mémoire des océans, si semblable à l’homme dans sa vie sociale et entre autres domaines, dans le culte qu’elle voue à ses morts .

Le vieil homme attend, serein, au bord de l’océan. Il sait qu’il va la voir. Subitement, un sourire à peine ébauché éclaire son visage : à la surface de l’eau, non loin du rivage, une baleine se dresse au-dessus des vagues et entame sa danse, en hommage à ses congénères mortes échouées sur la plage. La musique de l’été des «4 Saisons » de Vivaldi l’accompagne, laissant le spectateur empli de joie et d’espoir.

Annie Jugie

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