Ne pas laisser de trace », Willy entraîne sa fille dans la grande forêt du parc de Portland. Cela semble un jeu, c’est en réalité ce qu’il a appris dans la guerre d’Afghanistan mais qui s’avère inutile quand des gardes avec chiens les pistent et les emmènent hors de ce qui était leur lieu de vie.
En effet ce vétéran hanté de cauchemars n’a pu se réinsérer dans la société et, après la mort de sa femme, a élevé sa fille Tom dans la nature luxuriante de la forêt américaine. Quand la jeune fille découvre la vie dans une maison – sous l’égide de services sociaux regardés avec une discrète ironie – elle est séduite. Mais son père l’entraîne à nouveau dans une fuite en avant qui manque d’être tragique – froid, chute – et ils aboutissent dans un lieu de « camping sauvage » où des déshérités et anciens hippies vivent paisiblement et solidairement. Tom participe avec bonheur à cette vie sociale en marge. Will se guérit peu à peu de sa fracture à la jambe. Mais c’est encore trop pour lui. Il lui faut reprendre sa route dans la forêt.

Debra Granik a choisi un duo d’acteurs remarquables ; avec Ben Foster elle a décidé de réduire les dialogues et de confier à l’expression des visages et des corps les émotions et le drame de ce conflit entre le père et sa fille. La mise en contexte s’en trouve quelque peu appauvrie. Thomasin Mc Kenzie est une découverte, jeune actrice pleine d’intelligence et de sensibilité.

Le film aborde deux questions fondamentales : comment peut-on s’insérer dans le social, a fortiori quand il vous a conduit dans les horreurs de la guerre ? Et comment se joue la transmission et la séparation entre un père et sa fille, entre les générations ?
Debra Granik dans des séquences intimistes, pudiques, fait ressentir au spectateur ces réflexions, sans théoriser. Et filme avec un vrai bonheur la forêt de l’Oregon (comme l’indique le générique) : beauté des couleurs, des lumières, gros plans sur lichens, toiles d’araignées ; mais montre aussi la dangerosité de cette nature. Tandis que des bulldozers détruisent un campement de SDF, se pose avec acuité la question du foyer : est-ce une maison juridiquement identifiée ou le lieu mental des liens tissés avec les proches, qui font un abri ?

En dépit (ou à cause) d’une certaine austérité – un critique a parlé de « film difficile »- on peut comprendre l’élan de sympathie qu’a suscité Leave no trace dans les festivals où il a été montré.

Evelyne Rogniat

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