Nous étions peu nombreux cette après-midi de fin décembre dans la (petite) salle des 400 coups pour assister à l’une des rares projections du long (mais pas tant !) documentaire de Tavernier. Quel dommage qu’un tel film ne soit passé qu’en catimini ne bénéficiant même pas d’autres horaires que l’après-midi !

Tout d’abord, laissons la parole à Tavernier lui-même pour expliquer son film :

« J’ai toujours été clair. Je commençais toutes mes déclarations d’intention en disant : “Je ne suis ni critique de cinéma, ni historien, ni universitaire. Je n’essaie pas de raconter l’histoire du cinéma, mais de communiquer quelques souvenirs et de partager des moments que j’ai vécus avec des gens et des films que j’ai adorés, pour les remercier.” C’est tout. C’est de l’école buissonnière. C’est un voyage de mon point de vue, totalement subjectif. Le seul cadre, c’est que je commence au début du parlant et je termine au moment où je deviens metteur en scène. »

Voyage subjectif certes mais quel voyage ! Tavernier nous mène de souvenirs en souvenirs, d’anecdotes en anecdotes, passant de l’étude détaillée de tel ou tel film de ses maîtres Renoir et Becker à un chapitre sur Eddie Constantine ou à une analyse des musiques de Maurice Jaubert ! Tout ceci avec un seul fil conducteur : la passion et l’envie manifeste de la faire partager.

Riche en précisions historiques, en analyses, et en anecdotes, le film tire surtout sa profondeur et sa mélancolie dans le trajet autobiographique que Tavernier propose, depuis son souvenir de la libération de Lyon en 1944 jusqu’à son aventure d’assistant réalisateur sur Léon Morin, prêtre (1963) de Melville (assistant “médiocre“ à qui Melville conseillera de changer de métier) dont l’histoire se déroule justement pendant l’occupation. Sa vie – et sa vie de cinéma – commencent en pleine seconde guerre mondiale.

Avant de clore (provisoirement !) son voyage sur son admiration pour Sautet, Tavernier raconte sa carrière d’attaché de presse et les efforts qu’il a employés pour défendre les films de Godard, dont Pierrot le Fou.

Le voyage de Tavernier, en s’articulant autour de la Seconde Guerre Mondiale (des années 1930 jusqu’à la fin des années 1960), prend une dimension mélancolique (mais pas passéiste). La mélancolie du film est aussi purement cinéphilique, c’est-à-dire que ce voyage se regarde comme l’on traverse un monde disparu, hanté par les morts qui revivent le temps de la projection. Le cas de Gabin est un bel exemple de la puissance avec laquelle le cinéma rend compte du vieillissement (ah, les cheveux blancs de Gabin !). Les lignes de vie s’entrelacent au sein de sa filmographie qui finit par avoir l’allure d’une véritable biographie filmée sur plus de quarante ans.

Bertrand Tavernier est surement l’un des rares grands conteurs et amoureux du cinéma en France. De ceux qui peuvent vous raconter un film de sa genèse à ses moindres répliques en passant par l’analyse de ses plans et les anecdotes croustillantes du tournage.

On ressort ému de ce voyage qui fourmille d’évocations sensibles, d’histoires passionnantes, d’analyses brillantes. Loin d’être une leçon de cinéma académique, VOYAGE À TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS est probablement l’un des films les plus personnels de Bertrand Tavernier et un hommage émouvant au septième art. On a vraiment envie de (re)découvrir tous ces grands (et moins grands) films évoqués par Tavernier.

Et bonne nouvelle, le générique de fin promet une suite (apparemment neuf heures de bonheur en plus nous attendent) ! Vivement le prochain voyage !

Olivier TOUREAU

 

 

 

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