Pour nous, de ce côté-ci des Pyrénées, il est inévitable que la Guerre civile espagnole échappe progressivement à notre mémoire collective. Mais il semble bien qu’en Espagne même, l’horreur du conflit tende à être oubliée. Le franquisme continue à se manifester publiquement. Les manuels scolaires gomment les massacres auxquels l’affrontement entre fascistes et républicains a donné lieu.

Ce documentaire, mêlant témoignages de survivants ou de descendants de disparus à des images d’archives, vise à remettre en question la loi d’amnistie qui, en 1977, deux ans après la mort de Franco, interdit ce rappel historique en empêchant la réouverture des quelque trois cents fosses communes qui aurait permis de donner une sépulture décente aux parents assassinés lors des années noires.
On aura compris que le Silence des autres est un film militant, mais les entretiens qui en forment la plus grande partie apportent, au- delà de la nécessaire leçon d’histoire, une humanité bouleversante. Ainsi cette vieille femme qui, sur les lieux mêmes, ne peut faire le deuil de la disparition de sa mère : la fosse a disparu sous le bitume d’une route.

“Rien ne doit réveiller les vieilles rancœurs”, déclarait le roi Felipe VI. « Criminel d’oublier 120000 disparus », disent les interrogés dans le film. L’impressionnant groupe statuaire qui a été élevé pour commémorer les victimes du franquisme a été criblé de balles deux ans après son inauguration.

Guy Reynaud

A noter une séance débat avec Amnesty International autour de ce film le mercredi 15 mai à 20 heures.

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