« Le Grain et l’Ivraie » est le dernier volet d’une série de huit documentaires sur la crise économique de son pays que le réalisateur argentin commença en 2002 avec « Mémoire d’un saccage, Argentine, le hold-up du siècle » suivi de « La Dignité du Peuple » en 2005 que nous avons pu voir au cinéma Les 400 Coups.

Fernando Solanas est un cinéaste engagé qui n’a pas hésité à dénoncer la corruption au sein même du gouvernement, le soutien de puissances étrangères entraînant l’effondrement de l’économie du pays, une crise sociale sans précédent, la pauvreté et la misère d’une grande partie de la population argentine.

Dans son dernier film, « Le Grain et l’Ivraie », le réalisateur sillonne les routes de son pays à la rencontre d’agriculteurs, d’experts scientifiques, témoins d’un système agricole responsable de la déforestation, de l’empoisonnement des cultures et des populations autochtones, les indiens Wichi, en plein désarroi, malades et affamés, obligés de quitter la terre de leurs ancêtres qui ne les nourrit plus.

La première séquence du film met en scène, vu du ciel, le travail d’abattage de la forêt par une énorme machine dont les mâchoires d’acier broient à une vitesse impressionnante toute végétation sur son passage. La forêt primaire avec toute sa richesse, arbres plusieurs fois centenaires aux essences rares, fruitiers en pleine production, nourriture des indiens, est abattue inexorablement. D’immenses lignes de feu ravagent le bois coupé pour laisser la place à la culture du soja et du colza transgéniques. Les traitements au glyphosate par avion n’épargnent ni les habitants ni les enfants dans les cours de récréation ! L’agro-industrie décime les populations. Cancers, malformations des nouveaux nés se sont multipliés. La douce voix du réalisateur commente paradoxalement des images parfois insoutenables.

Fernando Solanas met à profit sa condition de sénateur, président de la commission du développement durable, pour dénoncer cette situation. Son film se termine pourtant par une note d’espoir. La résistance s’organise. Des propriétaires de plus en plus nombreux ont pris conscience des conséquences désastreuses de l’agro-industrie à laquelle ils s’opposent par des alternatives écologiques.

Fernando Solanas livrait dans une interview sa profession de foi de cinéaste engagé :
«  Depuis mon premier film L’Heure des brasiers, nous avons pris le parti de défendre les marginaux, ceux qui se font exploiter, ceux qui ont été agressés, ceux que l’on n’entend jamais. La voix de ceux qui ont le pouvoir, de ceux qui jouent avec la santé de la population, nous l’entendons tous les jours à la télévision ou dans les journaux… »

Annie Jugie

Ce film est programmé au cinéma  Les 400 Coups  du 2 au 7 mai.

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