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Lors d’une conférence très récente sur « la musique classique au cinéma », à laquelle j’assistais, le conférencier s’est exprimé ainsi : « le cinéma est un art populaire alors que la musique classique est un art noble… »

Assertion qui mérite discussion, du moins réflexion. Mon propos de ce jour n’est pas de comparer le cinéma avec une autre forme d’expression artistique, mais d’essayer de l’aborder sous son appellation de 7ème art.

Si à l’origine, le cinéma était considéré comme une prouesse technique (utilisation d’une machine) et une curiosité scientifique (décomposition du mouvement), il a très vite acquis le statut d’art et rejoint les six autres arts reconnus.

Le philosophe allemand Hegel (1770 -1831) a proposé dans son « Introduction à l’esthétique », une classification des arts selon leur degré de « spiritualité ». On commence donc par l’art le plus matériel et le moins spirituel, 1. l’architecture qui, à travers la régularité et les formes symétriques, nous offre un « reflet de l’esprit ». Vient ensuite 2. la sculpture, pour Hegel, la sculpture trouve son apogée dans la Grèce antique et spécifiquement dans la représentation des formes humaines. L’élément spirituel est cette fois directement représenté dans la matière. Dans 3. la peinture, la spiritualité est exprimée par les formes et les couleurs. Le 4ème art pour Hegel est la musique qui est capable de faire naitre en nous des sentiments à travers une succession de sons. Enfin, le 5ème art est la poésie s’exprimant par la parole.

Hegel se limite donc à cinq arts. Nous sommes au début du XIXème siècle lorsqu’il propose cette classification et le cinéma n’a pas encore vu le jour…

A la fin du XXe siècle, la liste a doublé :

1er art : l’architecture

2e art : la sculpture

3e art : les « arts visuels », qui regroupent la peinture et le dessin

4e art : la musique

5e art : la littérature, qui regroupe la poésie, les romans et tout ce qui se rattache à l’écriture

6e art : les « arts de la scène », qui regroupent la danse, le théâtre, le mime, le cirque

7e art : le cinéma (dans lequel on inclut de manière générale le long métrage, le moyen métrage et le court métrage mais aussi d’autres œuvres audiovisuelles comme les séries télévisées et téléfilms dont les exigences dans la mise en scène et le scénario se rapprochent de celles du cinéma au sens strict)

8e art : les « arts médiatiques », qui regroupent la radio, la télévision et la photographie

9e art : la bande dessinée le manga et le comics.

10e art : le jeu vidéo et le multimédia.

 

On doit le terme septième art à l’un des pionniers de la critique cinématographique : Riccioto Canudo (1879-1923), intellectuel et critique italien, qui a pris la relève et complété, nouvelle technologie oblige, la classification des arts. Dès les années 1910, Canudo milite pour faire reconnaître le cinématographe comme sixième art, puis, lui laissant la place officieuse qu’occupait dans le coeur de beaucoup la danse, publie en janvier 1923 le « Manifeste des sept arts » dans lequel il proclame :

“Nous avons besoin du Cinéma pour créer l’art total vers lequel tous les autres, depuis toujours, ont tendu.”

Il affine ainsi la définition de Hegel, substituant au classement précédent la notion inédite d’art englobant, de méta-art : le cinématographe, septième art, englobe tous les autres puisqu’il les concilie et les sublime.

Dans sa théorie, Canudo reprend les cinq arts proposés par Hegel et y ajoute la danse. Pour lui, le cinéma propose une synthèse des arts car il concilie : les arts de l’espace (architecture, sculpture, peinture) et les arts du rythme (la musique, la poésie et la danse).

Proposée au début des années 1920, l’expression « septième art » fait aujourd’hui partie du langage courant.

A lire : Ricciotto Canudo, Manifeste des sept arts, Séguier, 1923.

Ernst Gombrich (1909- 2001), spécialiste de l’histoire de l’art et de l’iconographie au XXe siècle disait :

« L’Art n’a pas d’existence propre, il n’y a que des artistes. »

 

Alors quid du cinéma Art et Essai ?        

Une œuvre recommandée Art et Essai (source CNC), d’après le décret du 22 avril 2002 (portant définition et classement des établissements de spectacles cinématographiques d’art et d’essai), se définit comme :

  • une oeuvre possédant d’incontestables qualités mais n’ayant pas obtenu l’audience qu’elle méritait
  • une œuvre recherche et découverte, c’est-à-dire ayant un caractère de recherche ou de nouveauté dans le domaine cinématographique.
  • une œuvre reflétant la vie de pays dont la production cinématographique est assez peu diffusée en France
  • oeuvre de reprise présentant un intérêt artistique ou historique, notamment considérée comme des « classiques de l’écran »
  • oeuvre de courte durée, tendant à renouveler l’art cinématographique ;

 

Peuvent également être comprises dans les programmes cinématographiques d’art et d’essai :

  • des œuvres récentes ayant concilié les exigences de la critiques et la faveur du public, et pouvant être considérées comme apportant une contribution notable à l’art cinématographique
  • des œuvres cinématographiques d’amateurs présentant un caractère exceptionnel.

L’industrie cinématographique a pris le contrôle, depuis la conception jusqu’à l’exposition de l’œuvre.

Le cinéma d’art et d’essai est un cinéma qui se veut « œuvre », proposant une vision, un point de vue d’auteur, qui touche le spectateur, le bouscule dans ses certitudes, ses aprioris.

La catégorie Art et Essai se définit aussi par des oppositions parfois manichéennes, entre cinéma grand public ou commercial, et des critères d’exigences, puristes, voire un peu élitistes. Mais c’est aussi une fabuleuse ouverture sur le monde, incluant une grande variété de films possédant des qualités d’ordre artistique, intellectuel et émotionnel, sans exclure la notion de plaisir et de divertissement. Les films étrangers programmés en v.o. nous donnent la possibilité de savourer toute la musicalité de la langue d’origine.

Le cinéma est un art jeune, populaire, prolixe, et éphémère (un film chasse l’autre), consommable…, le cinéma Art et Essai veille à la conservation et à la diffusion de classiques et se veut encouragement à la créativité, à l’invention, à l’imagination, à la réflexion sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure.

Qu’attend-t-on d’un film ? une évasion du quotidien ? un divertissement ? la découverte d’un pays ? des émotions fortes ? la découverte de mentalités différentes ? des interrogations de toutes sortes ? Pure distraction ou moyen de se poser des questions sur notre condition humaine, sur nos zones d’ombre et de lumière ?

Orson Welles disait : « Un film est un ruban de rêves ».

Et vous pourquoi allez-vous au cinéma ?

 

Sylviane Llobell

 

 

 

 

 

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