Réalisé par Romain Cogitore. Avec Déborah François, Paul Hamy, Vincent Perez.
Date de sortie : 5 juin 2019 (1h30min).

Maria (Déborah François, savoureuse), guide experte en néerlandais et Olivier (Paul Hamy, charismatique en diable) surdoué parlant plusieurs langues, tous deux expatriés, se rencontrent à Taïwan. Elle est vive et rapide. Lui est… un peu plus lent. Leur coup de foudre doit s’adapter à ces rythmes différents… et ils doivent se préparer à toutes les surprises de la vie… L’idylle est de courte durée, car le jeune homme apprend qu’il est très malade. Atteint d’une leucémie rare, Olivier doit rentrer d’urgence à Strasbourg. Et quand ce dernier sombre dans le coma, c’est l’amour de Maria qui le ramène à la vie. Mais hélas l’épreuve n’est pas terminée…

L’histoire du scénario présentée par Romain Cogitore lui-même, lors de la présentation aux 400 coups, de son film L’autre continent aux 23èmes Rencontres est assez étonnante. Un jour, une connaissance de Romain Cogitore lui raconte l’histoire d’un deuil. Ému par ce récit, le metteur en scène découvre ensuite que l’homme dont parle son amie… n’est pas décédé, mais bien un homme à l’étonnante destinée dont elle essaye de se détacher. L’approche originale de cette histoire vraie rend ce long métrage singulier.
Dans cet anti-conte de fée (ils s’aimèrent et eurent beaucoup d’enfants), le cinéaste explore les complexités du couple, entre comédie romantique et mélodrame poétique. Contrairement à La Belle au Bois dormant, il ne suffit pas d’un baiser de la princesse charmante pour tirer le garçon aimé du coma. Deux sentiments contradictoires s’entremêlent, avec une hyper-sensibilité en trame de fond. D’un côté : un amour d’une force prodigieuse, qui va jusqu’à vaincre la mort. De l’autre, une fragilité qui ne résiste pas à tout.

Dans ce long métrage à petit budget (900 000 euros) tourné aux confins du monde dans des décors plus éblouissants les uns que les autres, Romain Cogitore parvient merveilleusement à mêler le ton léger et poétique d’une romance passionnée et la gravité du mélo. Avec vivacité et fraîcheur, l’Autre Continent interroge la force du sentiment amoureux face aux secousses inattendues de la vie. Film intimiste qui ne tombe pas dans le mélo.

La première image de L’Autre continent est un tilt-shift*, à la fois une démarche technique, et la métaphore d’un monde qui n’existe pas vraiment. On comprend immédiatement alors que si enchantement il y a, il viendra entre autres de l’image. Romain Cogitore sait manipuler sa caméra.et sait trouver la bonne distance, le bon cadrage, les bonnes tonalités. Les images reflètent les ambiances tout au long du film.

* Tilt-shift : objectif à bascule et décentrement, également appelé objectif à contrôle de perspective (tilt-shift lens en anglais) est un objectif dont la partie optique peut être basculée et déplacée par rapport à la surface sensible. Le but est de permettre (même de manière limitée) les mouvements possibles avec une chambre photographique, en particulier pour le contrôle de la perspective et de la profondeur de champ.

Sylviane Llobell

 

 

 

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