Quelque peu remanié, ce texte a servi d’introduction au film Cessez le feu projeté le 11 janvier en collaboration avec le Musée Paul Dini.

Le cinéma de tout temps s’est intéressé à la guerre. Dès 1915 l’Américain D.W. Griffith consacrait  les 180 minutes de la Naissance d’une nation à la guerre de Sécession. Il y peignait l’état de la société sudiste avant le conflit, l’affrontement sanglant entre les Nordistes et les Confédérés, la période dite de Reconstruction qui suivit la guerre. Mais je me restreindrai ici à quelques considérations sur ce qu’on a appelé la Grande Guerre. Première remarque : elle a inspiré un nombre considérable de films de fiction. Internet en recense 130, mais j’ai repéré des oublis dans la liste ! Qu’est-ce que les cinéastes choisissent de nous montrer exactement ? Et pourquoi cette attirance pour un tel sujet ? J’y vois au moins quatre raisons, parfois imbriquées entre elles.

La guerre, c’est spectaculaire, surtout quand elle cause 18 millions de morts militaires ou civils. A une question que lui pose Belmondo au début de Pierrot le Fou, Samuel Fuller répond que le cinéma c’est “Love, Hate, Violence and Death”. On ne saurait mieux définir le scénario d’une fiction guerrière. Il est rare que la guerre soit montrée autrement que comme une tragédie absolue. Il est rarissime qu’elle fasse l’objet d’une comédie, même si Chaplin  (Charlot soldat, Le Dictateur ) et Laurel et Hardy ( Tête de pioche ) en ont tiré un parti comique.

Certains cinéastes décrivent une guerre qu’ils ont vécue : ainsi Jean Renoir ( la Grande Illusion ), Raymond Bernard ( les Croix de bois ), Lewis Milestone ( A l’Ouest rien de nouveau ). Ce sont donc de témoins qui, sous une forme généralement romancée, s’inspirent d’une expérience personnelle, même si ces deux derniers ont choisi d’adapter respectivement Dorgelès et Remarque.

S’agit-il de célébrer la grandeur d’un conflit ? Non, les réalisateurs en dénoncent les horreurs : morts sur le champ de bataille, sacrifices inutiles, mutins fusillés ( Joseph Losey, Pour l’exemple, Stanley Kubrick, les Sentiers de la Gloire ), détresse des familles apprenant le décès d’un proche, épouse devant prendre la place d’un disparu ( Xavier Beauvois, les Gardiennes ). Ils prêchent la fin de toute guerre, il faut que celle-ci soit ” la der des der “( Abel Gance, J’accuse ).

Les séquelles de la guerre sont fréquemment prises en compte, qu’il s’agisse des traces douloureuses laissées dans la population ( François Ozon, Frantz ), de la recherche des disparus ( Bertrand Tavernier, la Vie et rien d’autre ), des dégâts physiques ou psychologiques des survivants : Dalton Trumbo, Johnny got his gun, Gabriel le Bomin, les Fragments d’Antonin, et….Cessez le feu d’Emmanuel Courcol que les spectateurs des 400 Coups virent le 11 janvier.

Guy Reynaud

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