La camarista (femme de chambre) est un portrait de femme filmée au plus près de ses activités quotidiennes dans un hôtel de luxe de Mexico : ranger des chambres parfois en grand désordre, vider les poubelles, récurer les baignoires, secouer les oreillers et les aligner méticuleusement ; et aussi répondre aux demandes ou caprices de clients tout puissants.

Evelina-Eve, jouée avec finesse et sobriété par Gabriela Cartol, s’y applique au 21e étage dans l’espoir d’une promotion au 42e. Peu de dialogues, une bande-son composée des bruits du travail (sacs plastiques que l’on agite pour les ouvrir), une hiérarchie qui détient des objets trouvés que l’on rêve de se voir attribuer, comme la robe rouge. Et un montage de brèves séquences qui construisent peu à peu le portrait d’une jeune femme courageuse, discrète, ambitieuse, rêvant d’une autre vie et de pouvoir retrouver son enfant laissé au village.

Lila Avilés, actrice et metteur en scène de théâtre et d’opéra, réalise ici son premier long métrage, montré à Toronto, Berlin, Cannes. « Il me paraissait important, dans un monde qui va toujours trop vite, où les gens travaillent en permanence et passent leur temps sur leur téléphone portable, de suivre un personnage invisible aux yeux des autres.» Le tournage en 17 jours à l’hôtel Presidente Intercontinental de Mexico restitue l’enfermement dans ce microcosme luxueux ; Lila Avilés s’est inspirée du livre Hôtel de Sophie Calle qui a photographié et raconté son expérience de femme de chambre infiltrée dans un établissement parisien dans le but d’observer la vie intime des clients à partir des objets dans les chambres.

Eve en effet a de ces fantaisies : fouiller dans les tiroirs, regarder photos et livres … ou s’exhiber sur un lit pour le laveur de vitres. Le monde extérieur n’est visible qu’au-delà de ces vitrages qui montrent l’immensité de la ville ; c’est là qu’Eve, un instant en plein ciel en haut du building, partira, déçue et révoltée, échappant au huis clos.

La cinéaste décrit de criantes inégalités sociales mais sans le réalisme engagé des Dardenne ou de Ken Loach ; avec un regard d’entomologiste et aussi une empathie véritable pour son personnage.

Evelyne Rogniat

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