J’avais été intrigué par le premier film d’Alice Rohrwacher Corpo Celeste (2011) et émerveillé par le deuxième Les Merveilles (2014).
Heureux comme Lazzaro, auréolé d’un prix du scénario au dernier festival de Cannes nous confirme tout le bien que l’on pouvait penser de cette cinéaste italienne.

Il s’agit là d’une fable intemporelle laissant entrevoir un message politique réaliste et assez pessimiste sur la valeur de l’homme dans notre société.

Dans ce film en deux parties, le personnage principal, Lazzaro, est un Candide simple d’esprit, exploité par les villageois eux mêmes réduits en quasi esclavage par une marquise (Rohrwacher s’est inspirée d’un fait divers réel, la découverte dans les années 80 d’un village isolé dont les habitants travaillaient quasi gratuitement pour une marquise). Dans Les Merveilles, il y avait une fée, magnifiquement interprétée par Monica Belluci. Ici, Lazzaro serait plutôt un ange d’une naïveté déconcertante qui disparaîtra au moment où le village est évacué par la police et qui ressuscitera quelques années plus tard. Il retrouvera en ville une des rares habitantes du village qui avait de l’empathie pour lui, Antonia (interprétée par la sœur de la réalisatrice, Alba). La fable prend alors toute sa force car Lazzaro, comme le loup imaginaire qui l’accompagne dans son périple, ne peut pas résister à notre monde régi par la puissance des banques où les marginaux sont forcément mis à l’index.

La force de ce film tient à son écriture, à sa réalisation, à sa photo (on a l’impression, surtout au début, de visionner une œuvre d’un autre temps avec un grain d’image et des couleurs dignes d’un vieux super 8) mais aussi et surtout à des acteurs véritablement habités par leurs rôles.

Certains critiques ont évoqué les frères Taviani pour le réalisme ou Pasolini pour le message politique. Toujours est-il qu’avec ses trois films, Alice Rohrwacher a déjà sa place au panthéon du cinéma italien.

A noter une belle analyse de ce film dans la revue V.O de novembre, disponible dans le hall du cinéma Les 400 coups.

Olivier Toureau

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