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Une ouverture marquée par le concert de l’Orchestre d’Harmonie de La Rochelle (musiques de divers films) précédant la projection de Dogman en présence de Matteo Garrone et de son imprévisible interprète, Marcello Fonte. Le film a divisé le public par sa dureté.
Soirée surtout d’émotion avec l’annonce du départ de Prune Egler qui assurait la direction artistique depuis le départ regretté de Jean-Loup Passek. Les rênes sont désormais aux mains de 2 jeunes délégués généraux (Sophie Mirouze et Arnaud Dumatin) qui sont épaulés par Sylvie Pras qui reste de l’équipe féminine. Espérons que la nouvelle équipe qui hérite d’un festival très rôdé (86037 entrées en 2018), ne décevra pas un public cinéphile et curieux.
Nouveautés 2018 qui peuvent interroger : disparition de la gazette quotidienne et de la “vraie” nuit avec petit déjeuner offert au petit matin.
La 46ème édition est une sélection de bon niveau qui parvient à satisfaire la curiosité des cinéphiles sinon que, cette année, il n’y a pas de découvertes “pointues” auxquelles les spectateurs fidèles sont habitués.

Les Hommages à Philippe Faucon et à Lucrecia Martel (Argentine) ont suscité peu d’enthousiasme.
Par contre, celui à Aki Kaurismaki (17 films) a été un moment privilégié pour retrouver un cinéaste trop rare toujours ancré sur la rude réalité sociale mais où la fantaisie, l’humour dans la mise en scène, donnent une aura poétique aux personnages. “Mon intention secrète depuis toujours a été de faire des films qui permettent aux spectateurs de sortir du cinéma un peu plus heureux qu’ils ne l’étaient en entrant “ (Kaurismaki 1995).
Ainsi, ont été recherchés les films de ce cinéaste atypique qui aborde les problèmes sociaux (chômage, solitude de l’étranger) avec délicatesse et humour.
1995,  Au loin s’en vont les nuages est, à mon avis, le plus réussi par le scénario, le rythme, la mise en scène et l’interprétation des acteurs fétiches de Kaurismaki.
Découverte et coup de cœur pour son 1er film (1983) une adaptation de Crime et châtiment. Le personnage Rahikainen parfaitement reconnu sur le lieu du crime se joue, avec intelligence, des enquêteurs en multipliant les preuves contre lui. Mise en scène aussi nerveuse que le personnage.

La section “Du côté de la Bulgarie” est un accès au nouveau cinéma bulgare dont plusieurs bons films sont déjà sortis en salle (La leçon, Glory, Taxi Sofia) qui révèlent une société quelque peu gangrenée par la corruption.
Des documentaires intéressants.
The good postman, dans l’arrière-pays oublié où des migrants passent et où la démocratie est un vain mot.
Sofia’s last ambulance : humour autour de l’enlisement de la société dans le domaine de la santé. La dernière ambulance disponible rend l’âme avec des ambulanciers au bord de la crise de nerfs.
Problème de moustiques et autres histoires: humour autour de la vie monotone d’un village oublié au bord du Danube où la préoccupation première est la lutte contre les moustiques.

Le cinéma muet avec la section “Les drôles de dames du cinéma muet” révèle des vedettes talentueuses de comédies intelligentes et drôles (1918 à 1928). Ossi Owalda dans La princesse aux huîtres de Lubitsch , la pétillante Coleen Moore dans Irène.Il a été difficile de programmer un rendez-vous avec ces dames parmi les quelque 200 films proposés au Festival.

Les rétrospectives Bresson (14 films) et Bergman (20 films) occupaient une grande place dans la programmation. Leurs films, pour la plupart restaurés, sont présentés aussi à la Cinémathèque française et à l’Institut Lumière.
Etant donné le public vieillissant de La Rochelle, il y avait le goût de retrouver des films qui ont marqué une initiation cinéphilique, comme ce fut mon cas avec Le 7ème sceau.
Chaque jour, un film de Bergman était commenté par un spécialiste. Cette initiative a permis des éclairages utiles, même si inégaux, sur des films comme Persona (intervention de N.T Binh), Les fraises sauvages (intervention de Raphael Yung Mariano) et Sourires d’une nuit d’été (superbe intervention de Fabienne Duszynski). Ce dernier film a été, pour moi, une découverte et un coup de cœur. Seule comédie réalisée par Bergman en 1955. On rit beaucoup et pourtant Bergman était en période dépressive et de pénurie financière. On y retrouve un cinéma proche du théâtre cher à Bergman servi par d’excellents artistes. Un scénario efficace sur la trame conjoints-amants où les femmes démobilisent les liaisons et ridiculisent les hommes ; des dialogues savoureux.

Section “Ici et ailleurs” : la chance de visionner pour une seule séance des avant-premières de films présentés à Cannes.
Grosse déception personnelle avec Le poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan. Certes des moments de poésie pure, des plans magnifiques mais, film trop bavard car le cinéaste veut aborder tous les aspects de la société turque à partir des réflexions d’un jeune diplômé qui veut écrire et publier un livre.
Michel Toesca avec Libre a suivi pendant 3 ans Cédric Herrou qui, dans la Vallée de la Roya, a commencé à accueillir et aider le passage des migrants. Ce documentaire montre l’énergie, le militantisme de cet homme qui a abandonné ses cultures pour aller contre des contrôles et des services non appropriés aux lois de l’hospitalité et aux droits de l’homme. Sortie le 26/09. Toesca et Herrou peuvent accompagner le film pour un débat.
Un film choc Donbass de l’ukrainien Sergei Loznitsa. Un prix de la mise en scène mérité (Quinzaine des réalisateurs). Succession de séquences dans un Donbass où règnent la violence, le viol par des soldats et des bandes armées. Difficile de s’y reconnaître sinon que l’absurde côtoie la cruauté. A produit une sidération totale des spectateurs ; pourrissement d’un pays, d’une population où sévit la guerre civile. Sortie 26/09.
Autre film qui sortira aussi, je l’espère, très vite aux 400 coups, d’une cinématographie rare mais très souvent pleine de promesses, celle du Kazakhstan. La tendre indifférence du monde, de Adilkhan Yerzhanov. Au cœur de la cruauté d’une société où domine l’argent, une histoire d’amour entre la belle et courageuse Saltanat et son chevalier servant qui transforme la réalité violente en poésie,en rêves portés par la littérature, la peinture occidentales. Des plans superbes, un bonheur de cinéma. A ne pas manquer. Sortie 24 octobre
Je continue à qualifier d“incontournables” les films de Wang Bing qui sonde les plis oubliés de l’histoire cruelle de la Chine d’il y a 60 ans. Les âmes mortes (8h15) sortira le 24 septembre en 3 parties.
Dans le désert de Gobi, il y a les ossements de ceux qualifiés d’ “ultra droitiers” qui sont morts de faim dans les camps dits de “rééducation”. La caméra se fixe sur les survivants qui expriment leurs souffrances, se déplace sur les lieux que l’agriculture, la vie moderne ont effacés. Wang Bing articule ses interviews et visites des lieux entre 2005 et 2016. Une somme historique à ne pas négliger ; beaucoup de victimes étaient des communistes ayant osé critiquer le Parti.

Samouni Road est un documentaire de Stefano Savona. Dans la périphérie rurale de Gaza, la famille Samouni s’apprête à célébrer un mariage après l’opération israélienne “Plombs durcis” (2009). Il s’agit, dans les ruines, de reconstituer un passé et un futur. Un documentaire qui, entre témoignages des survivants et film d’animation, reconstitue un moment tragique. Sortie 07/11.

Coup de cœur : le merveilleux film de Kore Eda, Une affaire de famille. Ce cinéaste qui change toujours de registre nous plonge dans un Japon invisible. Une famille qui vit de petits boulots et des larcins exécutés par les enfants. Une grand’mère aux conseils utiles. Une petite fille battue par ses parents est accueillie par cette famille sympa. Puis peu à peu, les apparences s’effondrent. J’aime Kore Eda pour son habileté à mettre en scène un milieu, à donner corps à des personnages, à jouer avec les émotions du spectateur face à cette famille particulière. Un huis-clos dans cet espace- taudis avec quelques échappées dans le quartier. Un scénario tout en finesse avec des changements de rythme qui aident à mieux cerner les personnages. Une Palme d’Or méritée. Sortie 12/12.

Section “D’hier à aujourd’hui”, films restaurés.
Les camarades de Monicelli (1963), un beau moment de cinéma sur la condition ouvrière à Turin en 1905. Une grève dont Monicelli montre les balbutiements, le conflit, la solidarité, les contradictions à partir de personnages bien définis. Dimension universelle qui est la marque de tout chef d’œuvre Un noir et blanc superbe. Des plans à la profondeur de champ qui ajoute à l’émotion.

Fraise et chocolat (1993) de Tomas Gutierrez Alea et Juan Carlos Tabio. En 1979, à Cuba, la naissance d’une amitié entre un jeune hétéro, militant communiste et un homosexuel cultivé, artiste. Beaucoup d’incompréhension, de suspicion de la part de David concernant Diego, marginal et fantaisiste. Un film plus fort et plus intéressant que ce que le cinéma français peut nous donner sur la thématique de l’homosexualité.

Prochain festival, 28 juin – 7 juillet 2019

Odile Orsini

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