Dans la grisaille de l’hiver, j’attendais, avec impatience, la découverte des horizons de l’Asie à partir de ses cinémas si différents d’un pays à l’autre.

Ce festival est celui que, désormais, je privilégie pour sa parfaite organisation malgré son succès grandissant (32700 spectateurs en 2019). Jamais la déception d’être refoulée car des séances supplémentaires sont proposées. J’apprécie -c’est l’ unique festival qui le permet – de recevoir le catalogue et de pouvoir, tranquillement, préparer ma programmation avant d’arriver à Vesoul. Il y a la chaleur et la gentillesse de l’accueil par le grand nombre de bénévoles qui font vivre le festival.
Né de la passion de cinéma du couple Thérouanne, le festival, cette année, vivait sa 25ème année avec toute son équipe bien rôdée et les institutions partenaires. Vesoul n’a pas abandonné sa feuille journalière, “Le quotidien”, qui propose articles, interviews autour des films du jour.
Avec son quart de siècle, le festival se projette vers l’avenir car, en dehors des divers jurys (International, de la Critique, de l’Inalco) les jeunes, très nombreux dans les salles, s’affichent assidus (Jury jeune et Jury lycéen).

Quelques 90 films à travers le Moyen Orient et l’Asie.
Dans un monde déboussolé et en danger, le cinéma reste la source de connaissance d’autres cultures et donc un élément de compréhension entre les peuples.
La riche programmation 2019 a permis de retrouver, dans la section « Japonismes » des “grands” classiques (Naruse, Mizoguchi Kenji, Ozu, Imamura, Kurosawa…) en résonance avec l’événement culturel “Japonismes 2018”. De même, dans “Carte blanche de nos 25 ans”, les membres de l’équipe ont permis, par leur choix, de découvrir ou revoir, des films de patrimoine : Le tombeau des lucioles de Takahata Isao, Le grondement de la montagne de Naruse, La grande ville de Satyajit Ray, La servante de Kim Ki-young, Le goût de la cerise de Abbas Kiarostami…
Beaucoup ont apprécié l’hommage à l’immense actrice Hiam Abbas mais, hélas, sans celle-ci.
J’ai eu des “coups de cœur” mais pas l’émotion née de la découverte d’une filmographie inconnue comme cela avait été l’an dernier avec la Mongolie ou une autre année avec la Thaïlande.

Dans la Compétition, j’ai aimé The swing maker de Da Xiong (Chine). Des plans fixes qui disent beaucoup sur le monde du travail dans l’exploitation pétrolière et sur le personnage altruiste de Liu.Celui-ci, à la retraite, retourne chez lui mais tout a changé après 30 ans d’absence. Un film sombre comme beaucoup de films chinois, peu de paroles d’un personnage qui ne comprend plus l’évolution de la société communiste et choisit le silence.
Dans la sélection Inde qui m’intéresse tout particulièrement, Bajirao Mastani de Sanjay Leela Bhansali m’a déçue (comparé à Jodhaa Akbar de Ashutosh Gowariker, 2008, autre histoire d’amour).
Par contre, dans la sélection Compétition, j’ai découvert, avec émotion, une réalité de l’Inde que j’ignorais avec Window of silence de Praveen Morchhale . Dans le conflit régional oublié du Cachemire (plus de 60 ans de guerre), on les appelle les demi-veuves. Une femme dont le mari a disparu depuis 7 ans, ne réussit pas à obtenir un certificat de décès. Elle perd tout droit et se heurte à la corruption des autorités locales. Des victimes oubliées. Un film dont il faudra surveiller la sortie pour la dénonciation qu’il contient et la révélation d’un aspect de l’Inde d’aujourd’hui et du quotidien au Cachemire.
Avec l’avant-première Alpha the right to kill, Brillante Mendoza, continue, toujours dans le film de genre, à montrer que la drogue est le moyen de survie des petites mains du trafic. En parallèle, il y a la stratégie d’un chef de la police qui réussit à récupérer pour lui toute la drogue lors d’une opération policière. Le président Duterte continue à faire croire qu’il peut gagner la lutte anti-drogue en massacrant dans les bidonvilles.

Prochain festival du 11 au 18 février 2020.

Odile Orsini

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