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Ce fut une excellente idée de programmer à une semaine d’intervalle “Titicut follies” de Frederick Wiseman (1967) et le tout dernier “Douze jours” de Raymond Depardon. Deux documentaires sur des établissements psychiatriques. Deux constats bien différents.

Le cinéaste américain, dont c’est là le premier film, donne une image sordide d’une institution qui recueille des délinquants schizophréniques ou supposés tels. Aucun respect pour les patients, pratique des soins pour le moins désinvolte ( une incroyable scène d’ingurgitation forcée), mélange pathétique d’indifférence du personnel dans leurs rapports avec les malades et de récréations musicales dont le spectacle bouffon semble imposé (les “follies”).
Sous l’apparente neutralité des images, Wiseman nous fait ressentir combien ces prétendus soins sont scandaleusement inacceptables. Au point que la réédition du film aujourd’hui comporte, à la demande des autorités, un carton précisant que les choses ont bien changé à Bridgewater après que la diffusion de “Titicut Follies” a été interdite aux Etats Unis pendant des années.

Cinquante ans plus tard, Depardon réalise un reportage qui sera le compte-rendu fidèle de quelques séances de comparution devant une sorte de tribunal interne appelé à dire si le patient hospitalisé “sous contrainte”est en état de quitter l’établissement (et apparemment ce n’est pas souvent le cas). On est au Vinatier: locaux impeccables, personnel désireux de remplir au mieux une mission complexe. La situation géographique du lieu, l’emploi de la couleur, le recours constant à des gros plans sur les visages: juges, avocats, patients, rendent notre proximité avec les malades d’autant plus pathétique et nous contraint à nous impliquer dans des séquences dont certaines ne comportent aucune coupe.

Il y a cependant un lien très fort entre ces deux films: la mise hors champ du narrateur que l’on ne voit ni entend à Bridgewater comme à Bron. Wiseman et Depardon arrivent ainsi à créer une impression d’objectivité intégrale, même si le le choix des cadres et le montage,
que ce soit au niveau des plans ou des séquences (au Vinatier, dix retenues sur les soixante-douze filmées) ne gomment jamais une présence créatrice.

Quoiqu’il en soit, ces témoignages ont l’irremplaçable mérite, qu’aucune fiction ne peut atteindre, de nous confronter au drame de la plus sournoise des maladies. Ainsi que l’écrit une psychiatre dont le livre est à l’origine de “Douze jours”:” il n’y a pas deux mondes: ceux qui
sont perturbés mentalement et les autres, il y a nous tous, ensemble, concernés ou potentiellement concernés par la souffrance psychique”.

PS: Une réserve, tout au moins la mienne: l’accompagnement musical sur les séquences de transition. Cette “Musique originale d’Alexandre Desplat” m’a paru inutilement envahissante et détonne avec le froid constat que propose Depardon.

Guy Reynaud

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