Comme le dit si bien le titre, la réalisatrice nous embarque dans une journée de la vie d’Anna : la quarantaine, mariée, 3 enfants, des fins de mois difficiles et une amie célibataire qui est sur le point de lui ravir l’homme qui partage sa vie.

Se peut-il que ce premier film ait une valeur autobiographique, tant il sonne juste ?
Mené de main de maître il nous fait suivre Anna dans une journée trépidante, tendue, sans temps morts, comme on lui en suppose tant d’autres à son actif, qu’elle traverse sans faillir.

Au fil des heures de ce jour banal on se dit pourtant que l’on assiste à un cataclysme silencieux, un virage mortel sans crissements de pneus, une noyade sur la terre ferme.

Un magnifique portrait de femme servi par une très belle interprétation et une mise en scène maîtrisée qui nous tient en haleine à la manière d’un polar dont le dénouement reste incertain.

Catherine Vermorel

 

« Egy Nap », un jour en hongrois -le titre français ajoute le prénom de l’héroïne- est le premier long métrage de Zsofia Szilagyi, jeune réalisatrice formée à l’Academy of film and drama de Budapest, puis assistante d’Ildiko Enyedi dont « Mon XXe siècle » a été évoqué dans ces colonnes.

Ce film a été présenté à la Semaine de la Critique à Cannes en 2018. Il restitue un peu plus de 24 h de la vie d’une femme, mère de trois enfants, cumulant une organisation familiale plus que chargée avec des contraintes professionnelles, des problèmes financiers … et conjugaux, son mari étant l’objet d’une séduction assidue de la part d’une ancienne amie du couple.

« J‘ai voulu qu’on traverse cette journée avec elle, y compris dans les moments qui peuvent sembler vains ou répétitifs » : appartement sombre et encombré, enfants normalement récalcitrants aux horaires et contraintes, trajets multiples (crèche, école, danse, escrime, pharmacie …) … et problèmes de plomberie. Ce faisant, Zsofia Szilagyi prend le risque de lasser le spectateur qu’elle plonge dans la trivialité du quotidien ; la lourdeur et l’accumulation de problèmes lui sont donnés à vivre presque comme en temps réel ; il en ressentira soit un certain agacement soit – surtout si c’est une spectatrice qui a connu ces surcharges- une empathie pour le personnage d’Anna, subtilement interprétée par Zsofia Szamos qui incarne une jeune femme aimante, pleine d’attention pour ses enfants – de l’aîné passionné pour un jeu vidéo au dernier, malade qu’il faut bercer une partie de la nuit, en passant par la fillette, charmante provocatrice.

« Anna, un jour » : film féministe ? Sans doute, film critique pour une société où rien ne facilite la vie des familles, où les hommes peuvent être veules comme Szabolcs interprété par Léo Furedi, ou agressifs comme l’automobiliste gêné par la voiture d’Anna.
Filmant la silhouette d’Anna aux prises avec les embarras de la ville, entraperçue entre les véhicules, ou son visage de profil en plans fixes, la cinéaste nous fait ressentir la montée de l’accablement jusqu’à la séquence finale où l’héroïne refuse d’ouvrir sa porte au plombier et se cache sous la table comme un enfant ; et « elle brosse un portrait saisissant et inquiétant de cette dévoration de la vie affective des parents par les enfants, moderne retournement du mythe de Chronos dévorant sa progéniture ». Nous ne saurons pas quelle agression évoque la voix off du début ni qui est la victime « il est plein d’œdème et de bleus » : fantasme ou réalité d’une violence en filigrane ?

Evelyne Rogniat

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